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 INTERVIEW 
 
Avocate Associée
August & Debouzy
Isabelle Renard
L'aspect juridique de l'externalisation n'est pas tant complexe qu'indispensable
Alors qu'elle vient de signer un livre sur l'externalisation : "Externaliser : pourquoi - comment ?", aux Editions d'Organisation, Isabelle Renard revient sur quelques points clés d'un contrat d'outsourcing : réintégration des salariés, réversibilité, obligation de moyen/résultat du prestataire, dommages indirects et propriété intellectuelle sont ici abordés. Sachant que plus le sujet est considéré en amont, moins la probabilité de conflit est élevée.

13 novembre 2003
 
          
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JDNet Solutions. En quoi l'aspect juridique est-il complexe à intégrer au sein d'une démarche d'externalisation ?
Isabelle Renard. Je ne dirais pas que c'est complexe, je dirais plutôt que c'est indispensable. L'externalisation est un projet qui nécessite d'intégrer plusieurs compétences dans l'entreprise, dont le juridique. La complexité tient en ce que le domaine juridique est complexe.

C'est une démarche de partenariat sur le long terme, qui engage l'entreprise cliente et celle qui la prend en charge. Comme dans tout engagement long terme, il y a des droits et obligations, c'est une constance dans notre société où la tradition n'est pas orale. Si les domaines sont complexes, il faut donc les écrire.

Ce qui rend également l'aspect juridique indispensable est la gestion de la relation client qui, sur le long terme, peut s'avérer délicate. Des clients qui ont eu recours à l'externalisation et qui n'en sont pas contents ont parfois des difficultés à sortir de la relation ou à la faire évoluer en l'absence de cadre contractuel. On se retrouve alors très vite devant le juge ou dans une situation conflictuelle. L'enjeu est d'anticiper ces problèmes.

Notamment les problématiques sociales ?
Les aspects sociaux sont excessivement importants en effet. On en revient d'ailleurs aux fondamentaux, à savoir les "dits" et "non-dits". Ce qui est dit est souvent qu'il s'agit d'un recentrage de l'entreprise, qu'il faut faire des économies. Les non-dits, parfois, cachent une volonté de ne plus supporter une population - des informaticiens ou des techniciens par exemple -, une population vieillissante, peu adaptée, qui apparaît à l'entreprise comme un entité difficile à gérer.

La problématique sociale est de savoir si les personnes sont susceptibles d'aller vers le prestataire et à ce stade, on se pose la question du droit du travail, c'est-à-dire d'un changement simple d'employeur. Or, ce n'est parfois pas si net, pas si simple, certaines entreprises considérant que l'article L 122-12 du code du travail ne s'applique pas à elles, qu'aucune réintégration des salariés dans la première entreprise n'est possible. Or, les salariés, eux, considèrent qu'ils peuvent demander leur réintégration. Le mieux et l'idéal est de procéder à des négociations qui font en sorte que chacun retrouve sa place dans l'entreprise.

Comment la réversibilité impacte-t-elle les contrats ?
La réversibilité est l'opération inverse, c'est-à-dire qu'une entreprise qui a a délégué une de ses fonctions à une autre peut décider de vouloir changer de politique et de réinternaliser la fonction - comme dans les banques par exemple - ou alors de changer de prestataire. Un transfert de savoir faire d'une entreprise vers une autre va donc s'effectuer, ce qui n'est pas évident et prend du temps, de l'ordre d'un à quelques mois.

Pour que l'ancien prestataire opère un transfert de connaissances et de certains autres éléments, il faut qu'il y ait réversibilité, mais il faut l'écrire. C'est un peu comme prévoir un divorce lors d'un mariage, c'est la seule façon pour que cela fonctionne correctement.

A quel moment est-il le plus opportun d'aborder les aspects juridiques ?
Lors du lancement de l'appel d'offres, quand on pose les premières pierres de l'édifice. A travers les pré-requis juridiques, il faut préciser les critères de sélection et dire clairement au prestataire dans quel cadre on compte fonctionner. Il ne faut pas imposer ce cadre, il faut un équilibre entre les uns et les autres. Les juristes vont devoir intervenir à ce moment là, ils vont apprécier les risques de part et d'autre et concevoir le contrat en conséquence.

Quels sont les points les plus sensibles d'un contrat selon vous ?
Je pense tout d'abord à un point en particulier, un point sensible mais qui l'est à tort. Il y a trop souvent discussion entre les parties sur l'obligation de moyen ou de résultat. Un rapport de force se crée alors, en oubliant le simple bon sens. Mais il y a le problème de la charge de la preuve. Le client doit en effet prouver la faute du prestataire dans le cas d'une obligation de moyens. Or, ce dernier est souvent très extérieur au client, qui ne peut jamais prouver la faute. Il faut donc être raisonnable, ne pas chercher à qualifier des obligations de résultat en obligations de moyen, cela ne peut générer que de la perte de temps.

Il y a un deuxième débat : celui de la responsabilité du fait des dommages directs ou indirects. Les dommages indirects ne sont pas indemnisables, ils ne permettent pas de prendre en compte les préjudices financiers. Il y a beaucoup de batailles sur ce sujet là, au niveau du contentieux, car certains contrats sont absurdes, il y a distorsion du droit du contrat.

Prenons l'exemple d'une société dans le domaine de la production agroalimentaire. Elle externalise sa chaîne de gestion de production, depuis les commandes et la production jusqu'à la livraison. Si la prestation s'arrête pendant 24 heures, le dommage est égal à une journée de chiffre d'affaires.

Si on regarde le contrat à la lettre, le client n'a droit à rien car le préjudice financier est considéré comme un dommage indirect. La situation est absurde, elle est l'héritage d'une distorsion de vocabulaire, le prestataire ne peut éluder sa responsabilité sans être non plus responsable à hauteur de tout. Il faut donc engager sa responsabilité, dans le droit commun, jusqu'à un montant donné.

Que conseillez-vous pour garantir la propriété intellectuelle dans ce genre de contrats ?
C'est un sujet qui dépend énormément du contexte. Dans le cadre de prestations informatiques, la question à se poser est de savoir si la prestation est mutualisée ou pas. Si c'est le cas, c'est-à-dire si le prestataire développe pour plusieurs clients en même temps, le client n'a pas intérêt à être propriétaire de quoi que ce soit. Le jour où il y a réversibilité, il faut simplement qu'il ait la garantie que les licences utilisées sont répandues dans le commerce, afin qu'il puisse les acheter.

Si la prestation n'est pas mutualisée, le client doit être propriétaire des machines et des logiciels, il doit pouvoir tout récupérer. Derrière la préoccupation de la réversibilté, il y a en fait l'utilité et l'exploitation du bien.

Un mot de conclusion à ce qui précède ?
Je suis très frappée dans ma pratique quotidienne que le juridique soit tant sous-estimé. Il est parfois réintégré trop tard, dans la renégociation d'un contrat. Il faut arrêter de considérer le juridique comme un frein ! C'est un domaine spécialisé, il faut intégrer des spécialistes. Si on fait intervenir des spécialistes à forte valeur ajoutée, cela va se révéler payant pour l'entreprise.

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Récemment, pour un contrat d'externalisation dans une chaîne de luxe, j'ai été appelée deux heures avant la signature. Le contrat était catastrophique car le prestataire avait imposé le sien ! J'ai prévenu que des risques pouvaient survenir, ce qui a été le cas et a coûté de l'argent.

 
Propos recueillis par Fabrice Deblock

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