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JDNet Solutions. Côté
fournisseurs, quelle analyse faites-vous des 12 derniers mois ?
Christophe Grand.
Si je considère le marché du conseil et de l'intégration, je constate tout d'abord
l'arrêt des stratégies d'intégration verticale que certains très
gros acteurs comme EDS ou Cap Gemini Ernst & Young - mais aussi de plus petits
acteurs - ont cherché à déployer. Il est aujourd'hui avéré
que l'on ne peut pas, depuis le conseil, décliner toute la gamme des prestations
et réciproquement. Il y a un gap culturel et une contradiction des modèles
économiques.
Corrélativement, on a également assisté à l'effondrement
de l'offre d'assistance à la maîtrise d'ouvrage. Aujourd'hui, les clients
font du body shopping à des coûts réduits. Les prestataires qui ciblent
leur offre sur cette demande ne sont plus en mesure de fournir du conseil. Seuls
les cabinets de stratégie et de direction générale continuent à faire du conseil
IT à valeur ajoutée.
Comment
ont évolué les attentes des clients cette année ?
Les entreprises ont eu quatre préoccupations principales en 2003.
- Tout d'abord : réduire les coûts. Après une hausse continue des coûts
informatiques entre 1995 et 2000, une phase de rationalisation et de réduction
de ces coûts s'est opérée en 2002 et 2003. Les entreprises l'ont
menée avec un succès certain et les prestataires ont dû faire des efforts.
Par exemple, France Telecom a certainement mené le plus gros projet de réduction
des coûts IT en 2003, projet dans lequel AT Kearney l'a accompagné.
- Deuxième point : maîtriser la complexité. L'informatique est partout, son extension
a été fulgurante au cours des dix dernières années, toute la chaîne de valeur
est désormais concernée, de la comptabilité jusqu'à la R&D, en passant par la
gestion de la relation client, la gestion de production, le pilotage de la performance,
la gestion des ressources humaines, etc. Tous les secteurs ont été traversés par
cette transformation. En plus de cette complexité, il y a un foisonnement des
offres : SAP, Microsoft, Oracle, Siebel que tout le monde connaît ... mais aussi
de petits acteurs très nombreux. LVMH a par exemple choisi un petit éditeur canadien
pour équiper ses magasins. A cette complexité vient s'ajouter une innovation permanente,
avec des termes qu'il faut décrypter : grid computing, utility computing,
Web services, Wi-Fi... La chose informatique est de plus en plus
complexe. Résultat : le taux de réussite des grands projets informatique continue
d'être médiocre : un sur deux échoue, que ce soit dans le respect des délais,
des budgets ou des objectifs. Il faut cinq ans pour construire une centrale nucléaire
et le même temps pour déployer complètement un ERP dans un grand groupe !
- Troisième préoccupation : investir dans des systèmes à
valeur ajoutée, notamment de pilotage de la performance, de gestion de la supply
chain ou, en secteur industriel, de gestion des données produits, ou bien
encore dans des outils de collaboration. Dans ces systèmes se nichent de vrais
leviers de compétitivité.
- Enfin, la gestion de la transformation. Je prendrais deux exemples actuels :
l'e-administration et le secteur de l'énergie. L'e-administration est un
chantier sur au moins 10 ans, avec des besoins énormes : dématérialisation des
procédures, mise en réseau... La canicule de l'été a révélé l'absence
d'outils de connexion, d'alerte et de veille capables de mettre en relation les
acteurs concernés. Il y a également les problématiques de
proximité de l'usager et tout ce qui touche au guichet unique... Leur mise en
œuvre va prendre des années.
Deuxième exemple sectoriel, celui de l'énergie. EDF est en complète transformation,
au niveau de son organisation, de ses offres, de ses processus. Pour accompagner
cette transformation, il faut outiller de nouveaux métiers, avec notamment des
systèmes de trading, de reconstitution des flux, d'agrégation de la demande…
Des sujets nouveaux et complexes à traiter à l'échelle du marché.
Que vous inspirent les OPA, fusions et autres mouvements
de l'année dans le secteur des éditeurs de solutions ?
Je trouve frappante la bonne santé d'un acteur tel que SAP, alors
que l'on constate tous les jours que la mise en oeuvre des grands ERP est extrêmement
complexe, onéreuse et ne répond que rarement aux attentes initiales en termes
de ROI. SAP a indéniablement pris le dessus - sur le créneau des grandes
entreprises - sur d'autres éditeurs tels qu'Oracle, J.D.Edwards et PeopleSoft.
J'ai l'impression que cette domination cache un défaut d'offre : si un produit
concurrent, aussi puissant mais moins coûteux et facile à mettre en oeuvre existait,
il s'imposerait.
Je remarque également la montée en puissance de Microsoft sur les logiciels de
gestion. Microsoft s'étend dans le domaine des PME. Allons-nous assister à ce
qui a pu se passer dans un autre secteur, qui n'a rien à voir mais qui est similaire
en termes stratégiques : le secteur des magnétoscopes ? Les Etats-Unis dominaient
à l'origine ce marché, dans le haut de gamme, puis les Japonais sont arrivés,
par l'entrée de gamme et pour des utilisations
grand public, là où le volume se trouvait. Ils sont ensuite remontés en gamme
et maintenant, il n'y a plus que des fabricants japonais dans ce secteur. Pour
revenir à la domination de SAP, on pourrait imaginer que Microsoft s'engouffre
dans la brèche de la même manière.
Quels conseils donneriez-vous aux entreprises pour 2004
?
Je leur dirais tout d'abord de rester prudentes et de faire attention
au marketing outrancier de certains éditeurs de solutions... Il faut retenir les
leçons de la bulle internet.
Du côté des achats, je pense également qu'on a poussé
trop loin la réduction des coûts, notamment en ce qui concerne les prestations
intellectuelles et que les entreprises vont retourner vers des pratiques plus
sages.
La question des compétences reste par ailleurs ouverte,
elle n'est pas forcément toujours bien appréhendée par les entreprises. Par compétences,
j'entends celles liées à la gestion de projets, de programmes, à l'urbanisme...
Les compétences SI ne concernent pas seulement les informaticiens mais l'ensemble
de l'entreprise. Les entreprises les plus "agiles" ont compris qu'une
forte culture SI est nécessaire, mais pas seulement dans les départements informatiques
!
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