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 INTERVIEW 
 
Directeur
AT Kearney
Christophe Grand
Les entreprises ont mené avec un succès certain la réduction de leurs coûts
Spécialisé en conseil stratégique et organisationnel, le cabinet AT Kearney s'est rapproché du groupe EDS en 1995. Christophe Grand est en charge du volet "systèmes d'information", à savoir le pilotage de la stratégie IT de l'entreprise et de l'efficacité opérationnelle de sa fonction informatique. Il nous détaille les principales tendances qu'il a identifiées durant l'année 2003.

18 décembre 2003
 
          
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JDNet Solutions. Côté fournisseurs, quelle analyse faites-vous des 12 derniers mois ?
Christophe Grand. Si je considère le marché du conseil et de l'intégration, je constate tout d'abord l'arrêt des stratégies d'intégration verticale que certains très gros acteurs comme EDS ou Cap Gemini Ernst & Young - mais aussi de plus petits acteurs - ont cherché à déployer. Il est aujourd'hui avéré que l'on ne peut pas, depuis le conseil, décliner toute la gamme des prestations et réciproquement. Il y a un gap culturel et une contradiction des modèles économiques.

Corrélativement, on a également assisté à l'effondrement de l'offre d'assistance à la maîtrise d'ouvrage. Aujourd'hui, les clients font du body shopping à des coûts réduits. Les prestataires qui ciblent leur offre sur cette demande ne sont plus en mesure de fournir du conseil. Seuls les cabinets de stratégie et de direction générale continuent à faire du conseil IT à valeur ajoutée.

Comment ont évolué les attentes des clients cette année ?
Les entreprises ont eu quatre préoccupations principales en 2003.
- Tout d'abord : réduire les coûts. Après une hausse continue des coûts informatiques entre 1995 et 2000, une phase de rationalisation et de réduction de ces coûts s'est opérée en 2002 et 2003. Les entreprises l'ont menée avec un succès certain et les prestataires ont dû faire des efforts. Par exemple, France Telecom a certainement mené le plus gros projet de réduction des coûts IT en 2003, projet dans lequel AT Kearney l'a accompagné.

- Deuxième point : maîtriser la complexité. L'informatique est partout, son extension a été fulgurante au cours des dix dernières années, toute la chaîne de valeur est désormais concernée, de la comptabilité jusqu'à la R&D, en passant par la gestion de la relation client, la gestion de production, le pilotage de la performance, la gestion des ressources humaines, etc. Tous les secteurs ont été traversés par cette transformation. En plus de cette complexité, il y a un foisonnement des offres : SAP, Microsoft, Oracle, Siebel que tout le monde connaît ... mais aussi de petits acteurs très nombreux. LVMH a par exemple choisi un petit éditeur canadien pour équiper ses magasins. A cette complexité vient s'ajouter une innovation permanente, avec des termes qu'il faut décrypter : grid computing, utility computing, Web services, Wi-Fi... La chose informatique est de plus en plus complexe. Résultat : le taux de réussite des grands projets informatique continue d'être médiocre : un sur deux échoue, que ce soit dans le respect des délais, des budgets ou des objectifs. Il faut cinq ans pour construire une centrale nucléaire et le même temps pour déployer complètement un ERP dans un grand groupe !

- Troisième préoccupation : investir dans des systèmes à valeur ajoutée, notamment de pilotage de la performance, de gestion de la supply chain ou, en secteur industriel, de gestion des données produits, ou bien encore dans des outils de collaboration. Dans ces systèmes se nichent de vrais leviers de compétitivité.

- Enfin, la gestion de la transformation. Je prendrais deux exemples actuels : l'e-administration et le secteur de l'énergie. L'e-administration est un chantier sur au moins 10 ans, avec des besoins énormes : dématérialisation des procédures, mise en réseau... La canicule de l'été a révélé l'absence d'outils de connexion, d'alerte et de veille capables de mettre en relation les acteurs concernés. Il y a également les problématiques de proximité de l'usager et tout ce qui touche au guichet unique... Leur mise en œuvre va prendre des années.

Deuxième exemple sectoriel, celui de l'énergie. EDF est en complète transformation, au niveau de son organisation, de ses offres, de ses processus. Pour accompagner cette transformation, il faut outiller de nouveaux métiers, avec notamment des systèmes de trading, de reconstitution des flux, d'agrégation de la demande… Des sujets nouveaux et complexes à traiter à l'échelle du marché.

Que vous inspirent les OPA, fusions et autres mouvements de l'année dans le secteur des éditeurs de solutions ?
Je trouve frappante la bonne santé d'un acteur tel que SAP, alors que l'on constate tous les jours que la mise en oeuvre des grands ERP est extrêmement complexe, onéreuse et ne répond que rarement aux attentes initiales en termes de ROI. SAP a indéniablement pris le dessus - sur le créneau des grandes entreprises - sur d'autres éditeurs tels qu'Oracle, J.D.Edwards et PeopleSoft. J'ai l'impression que cette domination cache un défaut d'offre : si un produit concurrent, aussi puissant mais moins coûteux et facile à mettre en oeuvre existait, il s'imposerait.

Je remarque également la montée en puissance de Microsoft sur les logiciels de gestion. Microsoft s'étend dans le domaine des PME. Allons-nous assister à ce qui a pu se passer dans un autre secteur, qui n'a rien à voir mais qui est similaire en termes stratégiques : le secteur des magnétoscopes ? Les Etats-Unis dominaient à l'origine ce marché, dans le haut de gamme, puis les Japonais sont arrivés, par l'entrée de gamme et
pour des utilisations grand public, là où le volume se trouvait. Ils sont ensuite remontés en gamme et maintenant, il n'y a plus que des fabricants japonais dans ce secteur. Pour revenir à la domination de SAP, on pourrait imaginer que Microsoft s'engouffre dans la brèche de la même manière.

Quels conseils donneriez-vous aux entreprises pour 2004 ?
Je leur dirais tout d'abord de rester prudentes et de faire attention au marketing outrancier de certains éditeurs de solutions... Il faut retenir les leçons de la bulle internet.

Du côté des achats, je pense également qu'on a poussé trop loin la réduction des coûts, notamment en ce qui concerne les prestations intellectuelles et que les entreprises vont retourner vers des pratiques plus sages.

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La question des compétences reste par ailleurs ouverte, elle n'est pas forcément toujours bien appréhendée par les entreprises. Par compétences, j'entends celles liées à la gestion de projets, de programmes, à l'urbanisme... Les compétences SI ne concernent pas seulement les informaticiens mais l'ensemble de l'entreprise. Les entreprises les plus "agiles" ont compris qu'une forte culture SI est nécessaire, mais pas seulement dans les départements informatiques !

 
Propos recueillis par Fabrice Deblock

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