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Directeur
Europe W3C |
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Daniel
Dardailler
2003
a été l'une des années les plus productives depuis notre
création
Consortium
composé de quelque 380 membres, le W3C émet
chaque année des recommandations et crée
des standards pour le Web. Daniel Dardailler nous expose
ici son point de vue sur les événements
marquants de l'année 2003 : protection contre les
brevets liés aux standards, production de 12 nouvelles
recommandations, renforcement du Web sémantique, croissance
des enjeux liés à la mobilité...
Il nous emmène également vers les évolutions
futures : meilleure accessibilité, réduction
de la fracture digitale et universalité du Web.
18
décembre 2003 |
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JDNet
Solutions. Quels événements marquants retenez-vous
sur 2003 ?
Daniel Dardailler. Tout
d'abord, sur le plan juridique, la sortie en mai - après
deux ou trois ans de travail - de notre politique sur
les brevets (patent policy), qui préconise
que les standards du Web se doivent d'être libres
de toutes royalties. Certains standards peuvent être
soumis à des royalties mais ces dernières
doivent être raisonnables et elles ne concernent
que des sujets très pointus. Ce document est très
important car personne n'avait jusqu'à présent
quelque chose qui tenait la route [lire notre
article].
On a pu en voir une illustration avec l'affaire Eolas
[lire notre
article]. Cette petite société accusait
Microsoft d'utiliser un de ses brevets relatifs aux plug-ins.
Ce brevet existe mais en réalité ce genre de technologie
existait déjà auparavant. Il a fallu que
le W3C s'implique. Les répercussions auraient pu être
très graves pour l'ensemble de l'industrie.
Il y a également eu l'affaire de l'ISO, qui voulait
faire payer les noms de domaine nationaux (.fr, .de, .es,
etc.). Quand vous achetez un nom de domaine en .fr par
exemple, vous le payez à l'AFNIC qui se charge
de la redirection du nom vers vos machines mais l'AFNIC
ne reverse rien à personne ensuite... L'ISO voulait que
quelque chose lui soit reversée. C'est tombé à
l'eau car c'est un standard très utilisé, mais au final,
cela nous a fait perdre du temps et de l'argent à
tout le monde.
Combien
de nouvelles recommandations W3C ont vu le jour en 2003 ?
2003 a été l'une des années
les plus productives depuis notre création, puisque
douze nouveaux standards sont arrivés en fin de
cycle de standardisation. SOAP, tout d'abord, sorti à
l'automne dernier, qui était apparu il y a deux
ans avec l'explosion des services Web, à l'initiative
de Microsoft et d'IBM. La version SOAP du W3C bénéficie
désormais du feed back de l'ensemble des
acteurs concernés.
La standard XForms ensuite, très important aussi, qui
va certainement exploser prochainement. Il permet de générer,
avec le même code, une nouvelle génération de formulaires
en ligne, avec des champs actifs écrits en XML
séparant le sens de l'interface utilisée, interface
qui sera complètement personnalisée en fonction
de ce que l'utilisateur veut faire (sur son mobile, sur
son écran…).
D'importantes évolutions ont également vu
le jour dans le modèle des documents objets (DOM) avec
une meilleure définition de l'ensemble des fonctions
que les programmes de script peuvent utiliser. Du côté
du graphique vectoriel (SVG), standard défini en
2002, une version pour les téléphones mobiles est apparue
cette année, car il y a une grosse demande dans
ce domaine.
Comment voyez-vous les évolutions
techniques à venir ?
En ce qui concerne la technique, le Web
sémantique va se renforcer [lire notre
article]. Le fait de pouvoir rajouter des metadonnées
dans les pages Web va permettre des recherches et des
programmations plus riches et intéressantes. Si
je cherche par exemple un passage dans un livre, sur un
thème donné, et si une ambiguïté se glisse
dans ma recherche (un passage "sur" Victor Hugo
ou "de" Victor Hugo n'est pas la même
chose), je vais obtenir tellement de données qui n'ont
pas de lien direct que ma recherche sera sans intérêt.
Des mots tels que "de" ou "à propos
de" sont actuellement ignorés par les moteurs,
alors qu'ils ont un sens très fort dans une recherche
intelligente.
Et puis il y a tous les services que l'on peut améliorer.
Par exemple, si la météo (notion de température à
exploiter) dans telle ville, tel jour, est bonne et si
un billet d'avion pas cher est disponible, je peux alors
déclencher quelque chose. Tout cela n'est possible
que si les services Web sont mieux décrits.
Les questions de mobilité et d'accès au Web par différents
moyens vont également être au centre de toutes
les préoccupations. Le mobile, la télévision (qui
n'a pas encore explosé mais que les nouvelles technologies
d'écran plats et de meilleure résolution
vont rendre plus conviviale) et la téléphonie (technologies
de voice browser…) vont se développer fortement.
Il y a aussi tous les problèmes de handicap, avec une
navigation qui peut se faire à travers des terminaux braille
et via la synthèse vocale [lire notre
article]. Tout cela pousse vers un modèle de représentation
qui sépare le sens de la façon de présenter. Le mobile
va faire avancer les choses de manière très forte, HTML
est en train d'être revu pour fonctionner sur les terminaux
mobiles (xHTML).
Pour revenir à l'accessibilité, il faut
noter également l'existence du consortium EuroAccessibility,
qui veut fédérer l'application des directives pour l'accessibilité.
A travers 27 organismes qui veulent faire adopter et appliquer
les directives, un système de label et de certification
pour tous les gouvernements en Europe est en train d'être
créé. Cela va donner un coup de fouet à
ces problèmes d'accessibilité et donner à l'industrie
les moyens de créer des produits adaptés et uniformes.
Et sur le plan juridique et
légal, comment percevez-vous votre rôle futur
?
La crainte est que l'on perde beaucoup
de temps avec les questions de brevets. Les brevets sont
bons en soi mais quand on voit que le Web lui même n'est
pas breveté - car il est né de composants déjà
disponibles - on se dit que certaines actions initiées
par certaines entreprises ne correspondent pas du tout
à l'esprit de départ et que l'esprit industriel
prend de plus en plus d'importance.
Il y a pourtant de plus en plus de besoins pour développer
des technologies communes, fondatrices, qui se doivent
d'être libres de tout brevet. Preuve en est que
nous avons lancé cette année 12 nouveaux
standards, beaucoup plus qu'il y a quelques années,
cela montre que les acteurs de l'Internet veulent de plus
en plus standardiser pour avancer.
Votre rôle devient-il
de plus en plus politique ?
Nous sommes effectivement de plus en plus
amenés à jouer un rôle politique, on nous demande
de plus en plus souvent notre avis, dans tous les domaines,
que ce soit la high tech mais aussi la fracture
digitale. Cela montre que nous avons un certain succès.
L'année prochaine, nous fêterons nos 10 ans ce qui,
pour un consortium, signifie généralement
la fin d'une mission ou, au contraire, un renforcement
dans la continuation.
Nous n'avons pas fini de jouer notre rôle, les pays
en voie de développement nous préoccupent notamment,
nous ne sommes - par exemple - pas présents en
Inde, en Amérique du sud et très peu en Afrique.
Ces pays ont de très bonnes idées, il faut qu'on arrive
à les faire participer, à les faire parler, pour
travailler ensemble, même si leur modèle
économique n'est pas le même que le nôtre...
L'universalité du Web, on y croit beaucoup au W3C !
Ces zones, finalement, sont clientes
des logiciels qu'on leur vend, de manière parfois
passive. Mais elles voient l'Open Source d'un très bon
oeil, en raison des devises économisées. Au lieu d'acheter
des produits en dollars ou en euros, elles peuvent avoir
les sources gratuites et les adapter à leurs besoins.
Le logiciel libre va avancer très fort en raison de cela
et du fait aussi que les standards sont de plus en plus
libres et amenés à être portés vers le logiciel libre.
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Propos recueillis
par Fabrice Deblock |
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